L’entreprise de demain: 7 dimensions phares pour prospérer

de | 27 mars 2017

L’entreprise de demain: 7 dimensions phares pour prospérer

“Pour la première fois depuis un siècle, il n’est plus possible de construire un avenir pour une entreprise sans s’assurer qu’il soit digne des êtres humains.”

Gary Hamel

 

Afin de prospérer, voire survivre, l’entreprise de demain devra évoluer rapidement et s’adapter aux nouvelles donnes économiques, sociales et politiques au niveau planétaire. La mondialisation et l’externalisation croissantes des emplois, l’invasion de l’ère numérique dans tous les domaines, le vieillissement de la population, la guerre des talents, la mixité culturelle des travailleurs, l’arrivée massive des millénaires et des travailleurs indépendants, ainsi que la forte mobilité vont profondément changer le marché du travail.

Quelles seront les pratiques qui permettront à l’entreprise de demain de réussir? Voici sept dimensions clés qui se dégagent des nombreuses études.

1. Réconcilier productivité et bien-être

Est-il possible d’obtenir une productivité optimale tout en assurant le bien-être des employés? A première vue, cette vision peut paraître utopique. Pourtant performance et plaisir au travail ne sont pas opposés mais, au contraire, intimement liés comme le montre de solides données empiriques.

Les organisations qui réussissent à créer un environnement de travail attirant et positif  avec de bonnes relations de travail et un management respectueux et bienveillant obtiennent de meilleurs résultats financiers (Lecomte, 2016).

Le but est de mettre en place un cercle vertueux où le bien-être et l’épanouissement au travail génèrent implication, prise d’initiatives, innovation et responsabilisation. Il s’agit en effet d’arriver à bout du cercle vicieux présent dans tant d’entreprises où le mal-être et la souffrance l’emportent sur l’engagement, la performance et la progression.

De nombreuses voies existent pour améliorer la qualité de vie au travail.Une meilleure communication, plus de transparence, de confiance et de flexibilité; faciliter la mobilité interne en permettant aux collaborateurs de changer d’horizon et d’assumer de novelles missions; écouter les employés et tenir compte de leurs attentes, leurs préoccupations, leurs envies et leurs besoins. Tout cela fait partie de la quête du bonheur au travail. N’oublions pas que le bien-être provient surtout d’un travail qu’on aime, où on trouve un sens dans ce qu’on fait et où on se sent utile.

2. Expérience vécue au travail

La recherche du bonheur au travail trouve tout son sens quand on prend pleinement conscience qu’un tiers de notre vie se passe au travail. Il est primordial que cette tranche de vie soit gratifiante et enrichissante et que le travail représente un lieu où on se sent stimulé, reconnu, respecté et valorisé pour ses contributions.

L’entreprise de demain sera une «entreprise libérée» (Simmat&Bercovici, 2016; Getz & Carney, 2016) où l’autonomie des collaborateurs primera, ainsi que leur choix quant au lieu de travail, aux tâches qu’ils souhaitent accomplir et à l’approche.C’est une culture d’organisation flexible qui valorise l’esprit de communauté, la collaboration, l’intelligence collective, la mobilité et la transversalité.

Un management ou une organisation où le chef a toujours raison n’aura plus cours. Le fait est que les supérieurs n’ont pas toutes les compétences. L’entreprise a tout avantage à faire appel aux aptitudes de chacun.

A l’opposé de l’idée reçue qu’un travail acharné amènera le succès qui à son tour nous apportera le bonheur, les données empiriques démontrent que c’est au contraire le bonheur qui motive un travail intense et favorise la réussite.

Dans l’entreprise de demain la qualité de l’espace physique participera également au bien-être au travail en créant une ambiance chaleureuse qui facilite les échanges  par :

–un environnement ouvert, accueillant et personnalisé (fini les petits cubicules gris et ternes)

–un design moderne, lumineux, aux couleurs agréables et un

–un espace modulable en fonction des besoins et de l’évolution de l’entreprise

3. Trajectoire de carrière

Dans l’entreprise de demain, chacun devra se responsabiliser,se prendre en charge pour se former et se renouveler afin de rester employable dans cette économie où les exigences de compétences, pas seulement techniques, mais aussi relationnelles augmentent en permanence.

L’entreprise digitale (voire ci-dessous), demande beaucoup d’agilité, de souplesse et de capacité d’adaptation. A peine une nouvelle application ou une nouvelle technique maîtrisée, la voilà remplacée par une autre, plus sophistiquée, plus raffinée.

La demi-vie de nos connaissances est de plus en plus courte. Leur durée ne se compte plus en années comme dans le passé, mais plutôt en mois, voire en semaines. Notre savoir dans tous les domaines est rapidement dépassé par les percées technologiques et scientifiques, les inventions, les nouveaux besoins, les nouvelles modes. Seul un savoir de pointe permettra à l’entreprise de demain de rester compétitive et aux collaborateurs de devenir et rester des talents.

Cette nécessité de progresser n’est pas la seule responsabilité des employés mais incombe aussi aux entreprises. Elles doivent faciliter l’accès aux formations internes et externes, au coaching, à des cours en ligne, à des enseignements par les pairs, ou encore à des passages d’un département à un autre afin d’élargir la palette des connaissances et le savoir-faire de chacun.

“Les employeurs doivent changer leur état d’esprit et fournir plus d’outils, plus de soutien et plus d’opportunités pour que les travailleurs puissent les choisir comme un environnement de travail qui rehausse leurs compétences et les aide à rester dans la course. » Jonas Preising

4. Main-d’œuvre diversifiée

Dans l’entreprise de demain, le personnel sera composé d’employés de tous âges, de cultures et backgrounds différents, ainsi que de besoins et d’attentes variés. Davantage de femmes occuperont des postes à responsabilité et de nombreux responsables seront plus jeunes que leurs subordonnés. Ces nouveaux défis exigeront davantage d’ouverture et de tolérance de la part des travailleurs et du management.

Le but est de bénéficier des contributions de chacun, des talents particuliers, des expertises techniques, de l’expérience, des compétences relationnelles, des aptitudes stratégiques, de la créativité ou encore de la fibre entrepreneuriale que les employés sont en mesure d’apporter pour faire progresser l’ensemble de l’organisation.

“Chez Facebook, nous essayons d’être une organisation basée sur les forces de chacun, ce qui veut dire que nous essayons de créer des emplois autour des personnes plus que de rendre les personnes compatibles avec des postes.” Sheryl Sandberg

Les millénaires représenteront la majorité des travailleurs. Ils arrivent avec une autre culture, d’autres attitudes et d’autres attentes. Plus aisés dans l’utilisation de la technologie et des médias sociaux, ils sont plus exigeants quant aux possibilités d’apprentissage et de progression, demandent davantage d’autonomie et un meilleur équilibre entre vie professionnelle et privée.

L’entreprise de demain a donc intérêt à soigner son image, son branding d’employeur, autant que sa réputation concernant la qualité de ses services et ses produits.

La «gig economy» (le travail sur mandat à court terme), prendra encore de l’ampleur. Les freelancers, les indépendants, seront toujours plus nombreux, obligeant ainsi les organisations à adopter de nouvelles structures de collaboration avec une mixité d’employés stables et temporaires.

5. People Management

 “Le management traite de personnes, de leurs valeurs, de leur développement.”

Peter Drucker

Remettre l’humain au centre des préoccupations sera la priorité de l’entreprise de demain. Cet objectif doit rester flexible et évoluer constamment pour toute organisation qui cherche à s’adapter aux nouveaux besoins, aux changements des marchés, aux donnes démographiques et aux multiples autres dimensions de la vie économique, sociale et politique.Le rôle traditionnel du manager est bouleversé, le boss toxique sera banni. Le futur manager sera davantage coach que superviseur. L’accent sera mis sur l’encouragement, le feedback et l’accompagnement plutôt que sur le contrôle et la compétition.

La sélection des managers ne pourra plus reposer sur le seul critère de leurs compétences techniques, elle devra également prendre en considération leur agilité, leur capacité de leadership, leur aptitude à motiver et à conduire une équipe, à développer et fidéliser des talents, à former et coacher les collaborateurs, à résoudre des conflits et bien d’autres encore.

Il deviendra impératif de réinventer les fonctions des Ressources Humaines et leur trouver une place d’envergure.Le rôle des RH sera plus stratégique et proactif, car il sera question de leadership, de direction, de vision à long-terme afin d’englober l’ensemble du parcours de tout le personnel. Les RH devront se pencher sur la définition des postes de travail, le recrutement, les méthodes d’entretien d’embauche, l’accueil et l’intégration des nouveaux collaborateurs,ainsi que sur le développement et la fidélisation des talents.

La valse des titres des responsables RH, de chef du personnel, de DRH, de RH Business Partner, de CHRO, de Head of People Operations ou People Management, jusqu’à Employee Experience Manager et autre Chief Happiness Officer démontre bien la recherche d’une nouvelle identité des RH et une actualisation de leurs fonctions qui correspondront mieux aux attentes à leur égard (Vanhee, 2013).

6. L’entreprise digitale

La digitalisation transformera profondément l’entreprise de demain et la manière dont nous travaillons à tous les niveaux et dans tous les secteurs (Bouchez, 2016).

Les machines qui apprennent les unes des autres, l’internet des objets, les robots, l’intelligence artificielle et le big data seront de plus en plus combinés entre eux pour progressivement remplacer l’homme. Selon les estimations des économistes, dans l’espace des deux prochaines décennies, près de 50% de tous les postes de travail seront entièrement ou partiellement automatisés.

Cependant, les technologies ne “volent” pas que des jobs aux travailleurs, elles apportent également une grande aide aux organisations, employés, clients, start-ups et indépendants (Morgan, 2016). De nouvelles plateformes apparaissent chaque jour pour enrichir les interactions et le travail d’équipe et pour faciliter des sondages en temps réel sur le bien-être au travail.Les nouvelles technologies permettront aussi de faire le travail avec plus d’efficacité en améliorant, par exemple, la gestion du temps et la gestion des projets, ainsi que la mise en place des nouvelles pratiques collaboratives (Bouchez, 2016).

7. Leadership

“Lorsqu’on regarde en avant, les leaders seront ceux qui donnent des pouvoirs aux autres.” Bill Gates

Sans l’implication forte d’un nouveau leadership à tous les niveaux, tout changement profond et durable reste illusoire. Pour répondre aux impératifs d’innovation, le modèle pyramidal, rigide et autocratique encore prédominant dans bien des entreprises devra évoluer vers un leadership plus agile, plus souple, se souciant du bien-être des collaborateurs.

Le pouvoir centré sur quelques individus sera remplacé par l’intelligence collective, le respect, la confiance et la valorisation des contributions de chacun (Laloux, 2015 ; Le Bihan, 2016).

De multiples défis attendent les leaders de demain:

— intégrer rapidement les outils technologiques les plus performants à tous les niveaux de l’organisation

— soigner la réputation de l’entreprise en tant qu’employeur afin d’attirer et fidéliser les talents

— créer un esprit entrepreneurial pour développer une entreprise agile et stratégique, focalisé sur les besoins des collaborateurs et des clients

— assurer la diversité des genres en promouvant davantage de femmes au management

— s’inspirer des données empiriques et des pratiques les plus efficaces

— questionner les conventions et les habitudes, expérimenter, améliorer, innover constamment et réinventer le travail ainsi que les fonctions dans tous les secteurs de l’entreprise

Messages Clés

Sept dimensions clés qui se dégagent des études et des meilleures pratiques,composeront le profil des entreprises de demain qui prospéreront:

— la productivité et le bien-être des collaborateurs sont assurés

— le travail a un sens et des émotions positives s’en dégagent

— les collaborateurs sont soutenus dans leur progression et dans leur quête de rester employables

— les talents sont multiples et la main d’œuvre hautement diversifiée

— l’homme est au centre des préoccupations et les RH assument un rôle d’envergure

— la digitalisation fait partie intégrante de l’entreprise à tous les niveaux

— le leadership est axé sur l’intelligence collective, le respect, la confiance et la valorisation des contributions de chacun

Références

Bouchez, J.-P. (2016), L’entreprise à l’ère du digital, Les nouvelles pratiques collaboratives, De Boeck Université.

Getz, I., Carney, B. (2016), Liberté & Cie : Quand la liberté des salariés fait le succès des entreprises, Flammarion.

Laloux, F. (2015), Reinventing organizations: Vers des communautés de travail inspirées, Diateino.

Le Bihan, Y. (2016), Le leader positif, Eyrolles.

Lecomte, J. (2016), Les entreprises humanistes, Les Arènes.

Morgan, J. (2016), L’avenir du travail : Attirez les talents, formez les meilleurs leaders, créez une organisation compétitive, Pearson Education.

Simmat, B., & Bercovici, P. (2016), Les entreprises libérées, Les Arènes.

Vanhee, L. (2013), Happy RH : Le bonheur au travail. Rentable et durable, La Charte.